HANDSKA
PLASTICIENNE

Inside 1998
Je n’ai pas eu l’occasion d’exposer ce travail…Une dizaine de sacs en draps rembourré de sons,
fermés, cousus, plein des cicatrices, rafistolées pansementés, difformes….
A l’intérieur de chacun se trouve un ou plusieurs objets dissimulés et visibles uniquement à la radiographie.
J’ai eu beaucoup de mal à trouver un radiologue qui accepte mon projet. Sur une quinzaine sollicitée, un seul m'a répondu au bout de quelques mois.
Il m'a fait venir durant l'heure du midi, pour éviter la clientèle.
Caresses (extrait de la vidéo)
Caresses est un petite vidéo de 9 minutes, alternance de plans montrant un escargot qui se promène sur un corps de femme, et plans montrant une main de femme caressant du
sable.
Le sable, tout le monde en a fait l'expérience une fois dans sa vie à la plage. Assis à contempler l'océan, on en
saisit d'abord une poignée qu'on fait glisser entre ses doigts. Puis on caresse nonchalamment ces milliers de grains, on y enfoui les doigts un à un, et là, tout peut gentiment basculer l'air de
rien. Le lien avec cet élément naturel anodin devient alors charnel, étonnamment érotique...
L'escargot, lui, est un drôle de partenaire...Les images sont extrêmement troublantes....la réalité du tournage, beaucoup moins...
L'escargot est un intermittent du spectacle capricieux, gréviste...qu'il faut péniblement amadouer pour qu'il daigne tourner.
Son passage sur un corps nu est un jeu de patiente, de sang froid, d'instants interminables entre chatouilles, fous rires, répulsion et ratés, chaque fois que l'acteur
décide un repli imprévu au fond de sa coquille...
Mémoire d'un corps lourd 1995
Cette installation est la toute première que j'ai pu mettre en œuvre, en aboutissement.
En 1995, je suis alors étudiante en Arts plastiques à l'université de Paris 8, et la plasticienne Françoise Rod, qui suit mon travail et pilote un cours sur l'installation, me pousse vivement à trouver un lieu pour exposer ce projet.
Ce projet, intitulé: « Mémoire d'un corps lourd » est une réflexion sur la mémoire du corps, avec des souvenirs d'enfance, de croissance, de perte de dents de lait, comme autant de rituel de vie, vécu avec plus ou moins de fluidité.
Souvenirs de blessure physiques, maladie, somatisation, rapport au soin.
Souvenirs amoureux, aussi, souvenirs de la chaire.
Gamelle
Lorsque j'étais lycéenne, je prenais le train chaque matin.
Un jour que je montais à la hâte l'escalier qui menait sur le quai, j'ai croisé un homme.
Dans sa cavale pour attraper son train, il a accroché à la canne mon parapluie, que je tenais sous le bras, son petit baluchon.
Un petit sac plastique.
Je me suis retournée, il avait disparu.. je suis restée là un moment à l'attendre en vain.
J'ai attendu très longtemps avant d'ouvrir le sac. Mon cœur battait mystérieusement.
Il contenait une petite gamelle de chantier...
Blanquette, et morceau de gruyère...
Je suis restée longtemps pensive ...imaginant l'homme, sa femme conditionnant le matin même son repas...
Je m'inquiétais de savoir ce qu'il déjeunerait...
Je m'inquiétais de savoir quelle crainte l'avait poussé à courir si vite jusqu'à abandonner là son repas..
J'ai eu grand peine à jeter le repas...
Et j'ai gardé précieusement la petite gamelle.
Miro de Poche.
Plusieurs fois, je sui partie camper seule dans la foret des Landes, au mois de juin.
Une année, chaque matin au réveil, j'essayais de reconstituer de mémoire morceau de grand triptyque bleu de Miro, avec les éléments de récupération.
Je disposais alors sur mon duvet bleu ciel, le dos de ma chaise bleu ciel, mon pain de glace bleu ciel, des petits
élément noirs, rouges: cailloux, paraffine de babybel, miettes de pains, morceau de craies grâces émiettés...Puis je filmais mon petit Miro de fortune.
Trois souvenirs de voyages/ Indonésie

Un jour, que je marchais seule dans les rizières du lac Toba, j'ai vu un buffle qui cherchait péniblement à s'ensevelir dans une minuscule flaque de boue. Peut être avait-il chaud ? Il poussait de longs soupirs de détresse et me regardait. Etrangement j'avais le sentiment qu'il avait honte. Cela m'a beaucoup troublé. Quelques semaines plus tard, j'ai tenu à m'ensevelir complètement dans le sable.
J'avais l'image de cet animal en tête. Le poids du sable écrasait ma cage thoracique, j'ai essayé de tenir le plus
longtemps possible les yeux fermés.
Quelques mois plus tard, nous avons raté notre bateau pour quitter les Célèbes, obligés d'attendre le suivant une semaine plus tard, nous nous sommes plantés à Bira, un village de pêcheur au
milieu d'une plage vide.
Là, dans un bungalow de fortune vivait une jeune femme allemande très belle et sa fille de trois ans. Elles étaient de toute évidence en exil et à la fois totalement déracinées.
La petite fille possédait un petit lapin blanc.
Un matin, sa mère a retrouvé le lapin à l'agonie, le cou transpercé par une violente morsure de serpent.
Pourtant elle s'est obstinément mise en tête de le sauver...
Le lapin était tendrement couché dans un délicat petit mouchoir à carreaux, fraîchement repassé, le coté rabattu pour cacher la morsure.
De petites rondelles de carottes étaient disposées à sa portée comme des petits oreillers....
Il y avait dans ce cérémonial dérisoire tant d'espoir et quelque chose de si bouleversant que nous avons veillé à notre tour le lapin jusqu'à son dernier souffle une heure plus tard.

Mon amie Marie-Eve m'a offert il y a plus de dix ans, des bols blancs. A force de Thés, de cafés, ils se sont émaillés, craquelés comme d'anciennes toiles. Ils ont l'ai d'avoir un siècle...Je
pense à tous ceux qui ont du un jour y boire dedans...Cela me rappelle cet endroit, à Java où les voyageurs se retrouvaient pour boire un thé, en fin d'après midi, ou le soir...j'aimais ce petit
coin de dînette dans l'auberge, où l'on pouvait se servir à n'importe quelle heure... Par ricochet, il me ramène à d'autres souvenirs, ceux de mon grand voyage en Chine, en
1989-1990, dont je ne dis jamais rien...

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