Ateliers avec les enfants, les ados


fresque en centre de loisirs

 

 

Je n’avais au départ, aucune formation, aucune indication lorsque j’ai commencé, il a plus de vingt ans,  à proposer des activités d’arts plastiques aux enfants du centre de loisirs ou je travaillais. Je n’avais que mon désir. Une vraie passion pour les arts visuels, et une terrible envie de partager cela.

 

Au commencement, je me contentais de mettre les enfants, en présence d’un peu de matériel et je ne faisais surtout qu’observer. Je consignais ensuite toutes mes observations : «  les enfants ont moins peur de la feuille blanche que l’adulte… leur idée se construit au fils du temps… certains, ont peur de rater et réclament des gommes… certains renoncent violemment à ce qu’ils ont fait et le détruisent… Certains enfants attendent que le leader donne la note pour le suivre… Les enfants demandent souvent l’approbation de l’adulte… Il y a un coté orchestre avec un chef ….les enfants ont une idée consensuelle du beau….l’imaginaire n’est pas en libre accès pour tous, cela dépend de l’age et de beaucoup d’autre choses … les expériences nouvelles sont toujours bien accueillies… »


C’est essentiellement à partir de toutes mes observations que j’ai petit à petit construit mes toutes premières séances : «  je cacherais les gommes, ce sera alors impossible de rater….chacun travaillera en secret et fera une surprise aux autres….on s’amusera à faire de l’anti-beau.., personne n’aura le même matériel…. »


Avec le temps j’ai beaucoup étoffé mes séances. J’ai travaillé à faire des liens entre les artistes que j’aimais et une façon d’ouvrir une porte d’accès à leur univers. Une porte parfois un peu dérobée,  toujours plus proche du jeu ou de l’expérience que de l’exercice.  

 

Puis parallèlement, je creusais la question essentielle de la confiance en soi, de la valorisation, l’apprentissage positif du regard des enfants, travailler à ouvrir sa propre porte de l’imaginaire et sa propre porte des libertés. Bien plus encore que sur l'apprentissage, même ludique. Comprendre, apprendre, tout cela vient après, une fois que chaque enfant est en bonne relation avec ses deux mains. En bonne relation avec sa possibilité d’expression. Et contrairement aux idées reçues, il faut parfois du temps aux enfants pour cela.

 

Une fois le champ libre, c’était alors très simple de les emmener en voyage, et surtout de prendre les routes à contre sens, à la découverte que le beau n’a aucune importance, que l’on peu créer son propre beau et sa propre harmonie.
Je me suis souvent appliqué à discuter la question de la norme, surtout avec les ados, infiniment préoccupés et envahis émotionnellement  par cette question.

 

Mon autre désir a surtout été d’introduire des images ou des pratiques inconnues à leurs yeux. De leur apporter des nourritures nouvelles, qui éveillaient leur curiosité. Et ce, afin qu’ils ressentent aussi l’immense diversité du champs artistique, et qu’il puissent à leur tour explorer en toute liberté, les innombrables possibilités de leur gestes créatifs.

 

Enfin je les aidais du mieux que je pouvais à suivre leur propre chemin, singulier, leurs propre logique et y aller jusqu’au bout sans se soucier des obstacles (la norme, la peur, la faisabilité…)

Je me suis aussi appliqué à ne pas avoir une façon de faire, mais des façons de faire multiples, caméléons. Ainsi je pouvais leur proposer un jeu où les règles étaient très strictes, établies d’avance et immuables ex : "Tracez ensemble, et dans le plus grand silence, une ligne de peinture continue avec pour seul pinceau, votre corps", puis la séance suivante,  leur laisser fixer toute les règles "Utilisez votre souffle comme premier instrument, ensuite tout est permis".

 

Mais ce que j’ai surtout appris, c’est que mon rôle durant la séance était déterminant, d’abord il fallait régulièrement rassurer, réinsuffler de la confiance, ensuite, il y avait là  des dizaines d’occasions d’ouvrir des portes. Là, en chemin, des portes qui n’étaient absolument pas prévisibles. Exactement comme les portes, d’un livre de Claude Ponti.

Et il m’a semblé que c’était toujours derrières ces portes que se jouait les moments les plus forts.

 

Mon rôle est alors devenu celui là finalement, être extrêmement attentive pour voir les portes s’entrouvrir et les ouvrir avec eux, dans un climat de confiance.


                                                                                                                                   2 Janvier 2009


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